Le yoga, mode ou mode de vie ?

A la question de savoir si le yoga est une mode ou un mode de vie, voici quelques éléments de réponse que je partage avec vous.

  1. Le yoga, mode ou mode de vie ? Le yoga est avant tout une discipline spirituelle. L’humain ressent désormais un besoin urgent de se reconnecter avec son essence, sa vraie nature. En ce sens le yoga relève de la dimension spirituelle de tout être. Cette quête, relativement récente, nous autorise à dire que le yoga est une mode, tout au moins en Occident. Mais cette mode ne saurait être éphémère. Car les bienfaits du yoga se révèlent être si intenses que peu à peu la pratique se transforme en un mode de vie, délibérément choisi. Il ne s’agit plus alors de suivre ” ce qui se fait” mais de prendre pleine conscience de sa propre vie.
  2. La différence entre le Yoga et le Pilates tient au fait que le Pilates, largement inspiré du yoga , ne pratique que des exercices sur le corps physique. Le travail sur le souffle, la concentration et la méditation sont propres à la pratique du yoga
  3. Le yoga est un mode de vie qui inclut la pratique physique, le respect de son propre corps. Le pratiquant de yoga fait également le choix d’une alimentation saine et équilibrée, d’une vie éloignée des drogues, alcools, cigarettes et autres poisons toxiques. L’énergie obtenue grâce à cette approche globale de la vie, permet de se préparer à des états méditatifs de joie, d’équilibre et d’harmonie.
  4. La nourriture du pratiquant de yoga sera la plus éloignée possible de la nourriture industrielle, facteurs de nombreuses maladies. La pratique du yoga associée à un régime à base de fruits, légumes et céréales non dénaturées peut éloigner durablement certaines maladies inflammatoires.
  5. Le meilleur conseil pour débuter en yoga sera de prendre le temps de choisir son cours. Il n’y a probablement pas de yoga “meilleur” qu’un autre. Si vous venez régulièrement à votre cours de yoga avec enthousiasme et envie, alors vous savez sans aucun doute possible que vous pratiquez le ” bon yoga”.
  6. Le yoga exige-t-il des efforts et de la patience? La réponse est oui, bien entendu. Autrement dit, “on n’a rien sans rien “. il a fallu 9 mois au foetus pour se former dans le ventre de sa mère. Pourquoi en serait-il autrement pour les résultats attendus du yoga?Mais le bienfait obtenu à la fin d’une séance est, lui, instantané. Très rapidement vous allez vous reconnecter avec les sensations de votre corps, apprendre à l’écouter , le soigner. Vous allez ressentir détente et apaisement , accompagnés d’un regain d’énergie.
  7. La méditation exige-t-elle des efforts et de la patience ? Là encore la réponse est “oui”. Sans entrer dans la description des différents types de yoga, retenez que dans le yoga traditionnel, l’apprentissage est essentiellement axé sur le travail du contrôle du souffle ( pranayama), de la concentration ( dharâna) et de la méditation ( dyana). Ultimement, pour les yogis accomplis, l’expérience du Samadhi. Cet apprentissage peut parfois prendre des années mais il arrive aussi que les effets de l’état méditatif s’obtiennent instantanément.
  8. Le yoga coûte-t-il cher ? Il faut savoir que les formations sérieuses en yoga durent un certain nombres d’années et que le budget d’apprentissage d’un enseignant s’avère conséquent. Par ailleurs, les loyers des plus belles salles, dans les grandes villes sont eux aussi très élevés. C’est en grande partie ce qui justifie les tarifs des cours. Les enseignants de yoga sont généralement des passionnés qui ne cherchent pas à faire fortune mais, tout au moins à couvrir leurs frais.

“Comme n’importe quelle science, le yoga convient aux hommes de toutes les races et de tous les pays. (…) Le yoga est une méthode destinée à restreindre la turbulence naturelle de nos pensées, laquelle empêche impartialement tous les hommes, de tous les pays, d’entrevoir leur vraie nature d’Esprit. Telle la lumière curative du soleil, le yoga est salutaire aussi bien pour les Orientaux que pour les Occidentaux. Les pensées de la plupart des gens sont agitées et capricieuses; un besoin manifeste existe pour le yoga, science du contrôle de l’esprit.”

Autobiographie d’un yogi de Paramahansa Yogananda

pratique et maîtrise

GANESHA

Extrait de l’ouvrage de Alain Daniélou ” Shiva et Dionysos”

Ganesha, seigneur des obstacles, gardien des portes et des mystères

” Les compagnes de Pârvatî se plaignaient auprès d’elle, disant:” les serviteurs de Shiva ne refusent pas d’exécuter nos ordres, mais ils ne sont vraiment pas à notre service. Ils obéissent à Shiva et gardent notre porte.Nous ne pouvons nous fier à eux. Il nous faudrait quelqu’un qui soit vraiment à nous…” Alors que la déesse prenait son bain, Shiva, repoussant Nandi, le Minotaure qui gardait l’entrée, pénétra dans l’appartement. la déesse en fut très gênée…Elle décida de se créer un serviteur et, avec les raclures de sa peau, façonna un garçon.

” C’était un bel adolescent, bien proportionné, grand, vigoureux et brave. elle lui dit :” Tu es mon fils et tu n’appartiens qu’à moi seule.”. Il promit de lui obéir en toutes choses. La déesse, ravie, le couvrit de caresses et le serra dans ses bras. Elle le plaça, armé d’une massue, devant sa porte. Lorsque Shiva voulut entrer, le garçon lui barra la route et, malgré les injonctions du dieu, se refusa à le laisser passer. Shiva, furieux, envoya alors ses Ganas pour le débarrasser de ce gêneur. De longs palabres et d’interminables bagarres s’ensuivirent. Le fidèle gardien resta victorieux…Lorsqu’elle vit l’armée des dieux se joindre aux Ganas pour attaquer le vaillant garçon, la Mère du monde délégua deux de ses pouvoirs, deux shaktis, sous forme de diablesses, pour venir en aide à son fils. L’une de ces diablesses qui avait un aspect terrifiant se tenait debout. Sa bouche ouverte était aussi large que la caverne de la Montagne noire. L’autre avait l’apparence de la foudre et des bras innombrables. elle était énorme et terrible, prête à frapper tous ceux qui approchaient. Dans la bataille, les deux shaktis saisissaient avec leur bouche les projectiles lancés par les dieux et les Ganas, et elles les relançaient sur eux…Lorsque Vishnu voulut attaquer le fils de la déesse, les deux shaktis s’intégrèrent au corps du garçon et lui donnèrent ainsi une force accrue. Même l’armée des dieux fut vaincue par le courageux garçon. Finalement, alors qu’il était occupé à combattre Vishnu, Shiva lui-même traîtreusement lui trancha la tête avec son trident. Voyant le chagrin de la déesse et pour la calmer, Shiva donna aussitôt de remplacer la tête du jeune homme par celle du premier être vivant rencontré..Ce fut un éléphant dont la tête fut jointe au corps ressuscité et, pour consoler la déesse, Shiva le nomma Ganesha, chef des Ganas.”( Shiva Purâna, Rudra Samhità, chap 13 à 18, abrégés);(…)

Ganésha est donc l’équivalent du Korybas crétois, éponyme des Korybantes, la troupe des adolescents célestes qui forment l’escorte de Dionysos. Korybas est le fils de Cybele, la déesse de la Montagne, comme Ganésha est le fils de Pârvatî, la Dame de la montagne. Ganesha est le maître des obstacles. c’est lui qui crée des difficultés dans toutes les réalisations humaines ou spirituelles. Seule sa bienveillance permet de les surmonter. Il est donc le maître de l’initiation, des mystères, des rites par lesquels les obstacles peuvent être contournés ou évités. (…)

On invoque Ganésha avant toute entreprise pour éviter que les Ganas n’en empêchent la réalisation. On place également l’image de Ganésha au-dessus de la porte de la maison pour en protéger l’entrée, un peu comme on emploie parfois comme gardien quelqu’un de la caste des voleurs.

Symboliquement Ganésha représente l’unité fondamentale du macrocosme et du microcosme, de l’être immense ( l’éléphant) et de l’être individuel ( l’homme). Cette identité qui semble impossible est pourtant une réalité fondamentale et la clé de toute expérience mystique ou rituelle, ainsi que des possibilités du Yoga. sans en prendre conscience, sans vénérer Ganésha, aucune réalisation n’est possible. Il est le gardien des portes et des mystères.

La différence entre le Yoga Nidra et l’hypnose

Avant d’aborder la différence entre le Yoga Nidra et l’Hypnose, il est essentiel de saisir la notion de « GUNAS ».

Pour saisir cette différence entre le Yoga Nidra et l’Hypnose,  je vous propose deux textes de deux maîtres ; Sri Aurobindo et Sri Satyananda Saraswati

Les Trois mode de la nature. Sri Aurobindo dans «  la Synthèse des Yoga »

« (…)Cette conception de trois modes essentiels de la Nature est une création des penseurs anciens de l’Inde, et sa vérité n’est pas immédiatement évidente parce qu’elle résulte d’une longue expérimentation psychologique et d’une expérience interne profonde. Par conséquent, sans une longue expérience intérieure sans une intime observation de soi et une perception intuitive des forces de la Nature, il est difficile de saisir avec précision cette vérité et de l’utiliser avec sûreté.(…)

Dans les textes indiens ces modes sont appelés des « qualités », gounas, et on leur donne le nom de sattva, radjas et tamas. Sattva est la force d’équilibre et se traduit qualitativement par le bien, l’harmonie, le bonheur et la lumière; Radjas est la force de mouvement et se traduit qualitativement par la lutte, l’effort, la passion et l’action; Tamas est la force d’inconscience et d’inertie, et se traduit qualitativement par l’obscurité, l’incapacité et l’inaction. 

Généralement utilisés par l’analyse psychologique, ces distinctions sont également valables pour la Nature physique. Chaque chose et chaque existence dans la Prakrit inférieure, les contient, et le fonctionnement de la Nature, sa forme dynamique, sont le résultat de l’interaction de ces trois pouvoirs qualitatifs.

Chaque forme, animée ou inanimée, est un équilibre constamment maintenu de forces naturelles en mouvement; chacune est soumise à un courant sans fin de contacts salutaires, perturbateurs ou désintégrants qui viennent des autres combinaisons de forces à l’entour. Notre propre nature mentale, vitale et physique, n’est rien d’autre qu’une combinaison formatrice, un équilibre de ce genre. La réception des contacts environnants et la réaction qu’ils suscitent sont réglées par les trois modes qui déterminent le tempérament du récepteur et le caractère de la réponse. Inertes et incapables, nous pouvons les subir sans la moindre réaction de réponse sans mouvement de défense ni capacité d’assimilation et d’adaptation: tel est le mode de Tamas, la manière de l’inertie.

Les marques de Tamas sont l’aveuglement et l’inconscience, l’incapacité, l’inintelligence, la paresse et l’indolence, l’inactivité et la routine mécanique, la torpeur mentale, le sommeil de la vie et l’assoupissement de l’âme. S’il n’est pas corrigé par d’autres éléments, tamas aboutit fatalement à la désintégration de la forme ou de l’équilibre de la nature car il est incapable d’aucune création nouvelle, d’aucun équilibre nouveau, d’aucune force de mouvement progressif. Au coeur de cette impuissance inerte, se cachent le principe d’ignorance et une incapacité ou une mauvaise volonté léthargique qui refuse de comprendre, de saisir et de maîtriser les chocs ou les contacts stimulateurs, les suggestions des forces ambiantes et leur poussée vers une expérience nouvelle.

Mais celui qui reçoit les contacts de la Nature, qui est touché et stimulé, sollicité ou assailli par les forces, peut au contraire réagir à la pression ou contre elle.

La Nature lui permet de résister, l’encourage, le pousse à faire l’effort, à entreprendre, à absorber ou dominer son milieu, à affiner sa volonté, à lutter, créer, conquérir. tel est le mode de Radjas, la manière de la passion et de l’action et de la soif du désir. la lutte, le changement, les créations nouvelles, la victoire et la défaite, la joie et la souffrance, l’espoir et les désillusions sont ses enfants et construisent la maison multicolore de la vie en laquelle il trouve son plaisir. mais sa connaissance est une connaissance imparfaite ou fausse qui apporte l’erreur, l’effort ignorant, le manque d’adaptation constant, la douleur de l’attachement, le désir déçu, le chagrin de la perte ou de l’échec. Le don de Radjas est  la force dynamique, l’énergie, l’activité, le pouvoir qui crée et agit et qui peut vaincre; mais il se meut parmi les fausses lumières de l’Ignorance, ou sa pénombre (…)

L’ignorance arrogante du mental humain, ses perversions insolentes et ses erreurs présomptueuses, l’orgueil, la vanité et l’ambition, la cruauté et la tyrannie, la fureur et la violence bestiales, l’égoïsme, la bassesse, l’hypocrisie, la perfidie, la vile mesquinerie, la luxure, la convoitise et la rapacité, la jalousie , l’envie et l’ingratitude sans fond qui défigurent la nature terrestre, sont les enfants naturels de ce mode de la Nature, indispensable, mais puissant et dangereux.

Mais l’être revêtu d’un corps, n’est pas limité à ces deux modes de Prakriti; il existe une manière meilleure, et plus éclairée, de recevoir les chocs du milieu et de manipuler le courant des forces mondiales. Il est possible de recevoir et de réagir avec une claire compréhension, avec pondération et équilibre. Cette manière d’être a le pouvoir de sympathiser, parce qu’elle comprend; elle sonde, gouverne et façonne l’élance la Nature et ses méthodes; son intelligence pénètre dans les processus et les intentions de la Nature et peut les assimiler et les utiliser; ses réactions lucides ne se laissent pas subjuguer mais ajustent, corrigent, harmonisent , et de toute chose, font jaillir le meilleur. Tel est le mode de Sattva, la manière lumineuse et pondérée de la Nature, une manière dirigée vers le bien, la connaissance, la félicité et la beauté, vers le bonheur, la compréhension juste, l’équilibre juste, l’ordre juste: son tempérament a toute l’opulence d’une connaissance aux brillantes lucidité et la claire chaleur de la sympathie et de l’intimité. La finesse et la luminosité, l’énergie gouvernée, l’harmonie et l’équilibre de tout l’être, tel est l’accomplissement parfait de la nature sâttvique.

Aucune existence n’est entièrement coulée dans l’unique moule de l’un des modes de la force cosmique: les trois modes sont présents en chacun et partout. Constamment, leurs relations changeantes et leurs influences entremêlées se combinent et se séparent, et c’est souvent un conflit, un assaut de forces, une lutte à qui dominera l’autre. ( …)

 extrait de «  La Synthèse des Yoga – Les trois modes de la Nature »

Yoga Nidra by Swami Satyananda Saraswati

«  Parce que le yoga nidra provoque un état de retrait sensoriel , on pense souvent que c’est une forme d’hypnose. Mais en vérité ce sont deux sciences totalement différentes .

Bien qu’ils puissent commencer à partir du même point de relaxation et de réceptivité, le yoga nidra procède dans une direction et l’hypnose dans une autre. L’état d’esprit atteint dans le yoga nidra est bien au-delà de l’hypnose mais quand l’esprit est dissocié du savoir sensoriel il passe par un état hypnotique. Cependant si vous pouvez déconnecter les canaux sensoriels tout en maintenant un état de conscience vous pourrez transcender les frontières de votre personnalité et aller à n’importe qu’elle  profondeur ou altitude. La conscience peut aller aussi loin que vous pouvez la conduire. C’est le but du yoga nidra. Mais en même temps, vous devez savoir que  lorsque vous transcendez, jusqu’à un certain point, vous passez à travers la gamme de l’hypnose.

C’est pourquoi durant la pratique , une importante instruction est toujours donnée «  ne dormez pas ». En yoga nidra vous devez essayer de maintenir un état conscient. Vous êtes relaxé, mais vous ne dormez pas. Vous n’êtes pas conscient au niveau sensoriel mais vous êtes conscient de pratiquer le yoga nidra. Un processus de pensée automatique est en cours. Pendant le yoga nidra le cerveau est totalement éveillé. Il reçoit une qualité supérieure de stimulis et développe un autre type de prise de conscience.

Durant l’hypnose, au contraire, le sujet est conduit vers un sommeil profond durant lequel le cerveau est complètement « éteint ». La conscience est confinée à une petite zone et les capacités sont limitées.

C’est une condition très tamasique alors que le yoga nidra augmente les capacités et crée une condition sattvique. ( …)

 Extrait de « Yoga Nidra » by Swami Satyananda Saraswati


La démarche spirituelle hindoue et l’Occident

Voici ci-dessous une limpide explication par Jean Herbert de la démarche spirituelle hindoue et la rencontre des maîtres hindous avec l’Occident.

Concernant les maîtres hindous ,Jean Herbert s’interroge «  comment se fait-il que l’Occident n’ait jamais, jusqu’à notre époque, prêté attention à ces maîtres de sagesse, et pourquoi, maintenant, tant de gens se tournent-ils vers eux ? La question est fort pertinente et la réponse est, d’ailleurs, facile. On peut dire que jusqu’à Schopenhauer, l’Occident a complètement ignoré la culture de l’Inde, tout au moins en ce qu’elle a de profond. La révélation des Upanishads, à travers de biens mauvaises traductions d’ailleurs, souleva un grand intérêt, mais il restait fort difficile d’établir le contact. Dans l’Inde, les vrais maîtres ne se préoccupent guère de chercher des disciples, et quand ils en acceptent c’est généralement après les avoir soumis à de dures épreuves. Ces maître, qu’il était déjà fort ardu de rencontrer, car la plupart du temps ils habitaient dans des jungles et des cavernes propres à la méditation, ignoraient tout de l’Occident, de sa mentalité, de ses langues, de sa culture, de ses aspirations; les quelques manifestations isolées qu’ils avaient pu voir les choquaient profondément . portugais, hollandais, français, anglais, avaient surtout envoyé dans les Indes des soldats, de petits employés, des marchands et des aventuriers de tous calibres, gens moins portés en général à la recherche spirituelle qu’à l’alcool, la sensualité et la fortune matérielle. Prêtres et pasteurs missionnaires auraient certes pu jouer un rôle précieux, mais leur tâche était avant tout de faire des conversions, d’envoyer à leurs mandants des statistiques de baptêmes qui leur permissent de recueillir de nouveaux fonds et de faire ainsi prospérer leurs missions. Comme au Mexique ou au Pérou, ils n’avaient guère avantage à rechercher dans la vie spirituelle des peuples qu’ils venaient évangéliser, des éléments de richesse constructive dont leurs coreligionnaires auraient pu tirer profit. Et il faut bien reconnaître que pour cette raison en particulier ils n’éveillèrent pas dans les milieux spirituels hindous l’admiration qui aurait pu faire naître les confidences.

De leur côté les hindous ne nous gâtaient pas non plus. Quitter le sol sacré de l’Inde était pour eux un terrible sacrilège qui faisait perdre sa caste au coupable. Et les quelques individus qui vinrent en Occident se recrutèrent longtemps à peu près exclusivement parmi les réprouvés de la société. Fakirs, charmeurs de serpents, avaleurs de sabre, apostats, petits fonctionnaires qui avaient d’avance vendu leur culture et leurs traditions pour mendier le plat de lentilles d’un petit emploi auprès du conquérant, aucun d’eux ne pouvait chez nous faire figure de maître spirituel.

Le premier pont fut jeté par les linguistes et les grammairiens, qui se passionnèrent pour le sanskrit, considéré alors comme la mère de toutes les langues d’Occident. Ils nous rapportèrent de précieuses traductions littérales qui d’ailleurs passaient généralement à côté du sens profond sans même en soupçonner l’existence. Néanmoins, s’ils ne gagnèrent pas pour cela l’estime des maîtres spirituels, nos philologues prouvèrent à l’Inde que nous avions une culture autre que celle de l’argent et de la poudre.

Les théosophes établirent un lien beaucoup plus solide. Ils furent les premiers à aborder l’Inde avec le respect qui lui était dû, et non avec un complexe de supériorité ou avec la curiosité scientifique du savant de laboratoire. Ils vulgarisèrent en Occident diverses notions importantes(….)

Le terrain se trouvait sérieusement préparé lorsque vers la fin du XIXème siècle des sages hindous authentiques commencèrent à penser à nous comme des êtres dignes eux aussi de partager la grande sagesse jalousement conservée par eux pendant des millénaires. Shri Râmakrishna ( 1836-1886) disait «  j’ai là-bas beaucoup d’enfants qui parlent des langues que je ne connais pas » Le problème des langues créait d’ailleurs une barrière insurmontable. Nous avons vu déjà la profonde différence de mentalité et de préoccupations essentielles qui nous sépare de l’Inde. Pour se faire comprendre de nous, les sages hindous ne devaient pas seulement apprendre les mots européens qui traduisent plus ou moins approximativement les termes sanskrits, mais aussi et surtout découvrir comment joue notre esprit, comment fonctionne notre raison, quelles arrière-pensées et quels atavismes se cachent derrière chacune de nos attitudes.

C’est un disciple de Shri Râmakrishna, Swâmi Vivekânanda ( 1863-1902), qui le premier vint à notre rencontre. Au parlement des Religions de 1893 à Chicago, il apporta le message de l’Inde et nous tendit une main fraternelle. pendant ses séjours aux Etats-Unis, au Canada, en Angleterre, en France et en Allemagne, il entra en contact avec notre élite. Pour la première fois depuis l’époque hellénistique, les représentants les plus qualifiés de la culture traditionnelle hindoue et de la civilisation gréco-chrétienne engageaient une conversation directe.

Le moment était particulièrement propice. Depuis bien des siècles, mais plus encore depuis la révolution industrielle en Europe et l’essor pris par l’Amérique grâce à la mise en valeur ( si rudimentaire soit-elle) de ses richesses naturelles, ces deux grands groupes humains s’étaient engagés sur des voies en apparence inconciliables. Tandis que l’Inde sacrifiait délibérément santé physique, richesse matérielle, pouvoir politique pour conserver et cultiver les plus belles fleurs de la spiritualité dans une ambiance d’amour et de renoncement qui leur fût favorable, l’Occident, oublieux des enseignements du Christ, s’était jeté à corps perdu dans l’âpre concurrence née d’un égoïsme sauvage, individuel et collectif, pour y chercher les biens de ce monde par la force et la ruse, la science et la technique. La soif de puissance, de confort, de luxe, balayait impitoyablement toute préoccupation spirituelle; la science remplaçait Dieu. Et de chaque côté l’effort était couronné de succès, justement parce qu’on l’accomplissait en sacrifiant beaucoup. L’Inde gardait pour les hommes à venir le précieux trésor de la sagesse antique; l’Occident conquérait pour eux la maîtrise extérieure et leur assurait la certitude de toujours pouvoir se loger, se vêtir, se chauffer, se nourrir tous sans famine ni disette.

En ces dernières années du XIXè siècle toutefois, une certaine inquiétude commençait à se faire jour de part et d’autre. Nous avions la surprise douloureuse de voir les découvertes les plus belles et les plus nobles de nos savants prostituées au dieu de la  guerre et de la destruction, les conquêtes les plus admirables de nos ingénieurs captées pour le service d’égoïsmes étroits et cruels. Nous commencions à nous demander si les grands idéals de service et d’amour du prochain n’étaient pas malgré tout l’essentiel, et si la science et la technique ne devaient pas en rester les esclaves dociles. D’autre part, l’Orient en général et l’Inde en particulier, las de se sentir exploités par nous et de payer de leur misère le standard de vie élevé dont nous tirions gloire, soumettaient à l’examen d’une critique sévère leur attitude traditionnelle de renoncement, d’abnégation et d’ascétisme. Certains groupes montraient une tendance à ne plus rejeter systématiquement les biens matériels comme néfastes au développement spirituel. Shri Râmakrishna proclamait: «  la religion n’est pas pour les ventres vides ».

L’humanité était mûre pour entreprendre une nouvelle étape. Les douleurs de l’enfantement ne doivent pas nous faire perdre de vue les joies d’une vie nouvelle. »

Jean Herbert, les Cahiers du Sud «  Maitres hindous contemporains »

Harmonie du corps et de l’esprit

Comment trouver l’harmonie du corps et de l’esprit par la pratique du Hatha Yoga ?

Plutôt que de réécrire une énième version des définitions et explications sur le Hatha Yoga, je vous propose des extraits tirés du livre de Sri Ananda intitulé ” YOGA, harmonie du corps et de l’esprit”

” Pour vivre harmonieusement, le corps et l’esprit doivent être développés de manière équilibrée, au moyen du Prânâyâma et des Asanas. Nous pouvons, peut-être inconsciemment, remuer le corps ou le maintenir immobile et respirer mais nous ne pouvons réaliser le contrôle de la respiration et du corps que si nous en avons conscience. C’est cette prise de conscience qui nous permet d’harmoniser notre corps et notre esprit et de créer, ainsi, l’équilibre indispensable. Le Hatha Yoga nous indique comment ces trois facteurs ( contrôle de l’esprit, prânâyâma et asanas) doivent se combiner. S’ils ne sont pas pratiqués conjointement, il ne peut y avoir d’effet thérapeutique.

Si les asanas sont exécutés avec la collaboration de l’esprit et la respiration appropriée, l’effet est immédiat. Une sensation salutaire parcourt tout le corps. Le pouvoir de la pensée concentrée, lorsque nous savons la diriger vers chacune des parties du corps est si grand qu’avec son aide on peut animer et revitaliser tout le corps, et toutes ses fonctions peuvent être amenées à se soumettre au contrôle de la conscience.

L’objet principal du Prânâyâma est de se rendre maître des forces vitales qui opèrent dans le corps….Les Asanas sont utiles  pour revitaliser le corps, renforcer le système nerveux et régénérer les glandes.

Asanas et Prânâyâma sont un moyen effectif pour favoriser le développement harmonieux du corps, ainsi qu’un instrument efficace et puissant du progrès dans le domaine spirituel. Leur pratique régulière, combinée avec la maîtrise de l’esprit, combat les éléments négatifs tels que l’ignorance, la paresse, l’inertie, l’agitation fébrile, en même temps qu’ elle augmente la puissance de la volonté. Le Hatha Yoga devrait être le point de départ de toutes les différentes formes de Yoga, parce qu’un corps sain est la base même de toute entreprise humaine, qu’elle soit physique ou intellectuelle. Souvenons -nous du proverbe Mens sana in corpore sano, un esprit sain dans un corps sain.” Sri Ananda ” YOGA, harmonie du corps et de l’esprit”